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 8 DÉCEMBRE 2017

Le 29 novembre 2017, notre directeur général et artistique, André Laliberté, livrait un discours touchant sur la situation du patrimoine marionnettique au Québec, dans le cadre d'une rencontre organisé par Traces / Archivage, Conservation, Éducation sur le Spectacle Vivant, dont André fait partie.

Traces / Archivage, Conservation, Éducation sur le Spectacle Vivant

LE PATRIMOINE MARIONNETTIQUE
Texte d'Andé Laliberté

À la question que Lamartine se posait dans son poème Milly :
¨Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer¨

Tous les marionnettistes vous répondront que oui.

L’âme de la marionnette elle est bien sûr dans celui qui l’a imaginée, elle est aussi dans les mains des artisans qui l’ont fabriquée ainsi que dans celles du marionnettiste qui lui a prêté vie…

Ce qui fait la particularité de notre métier est sans doute la quantité phénoménale d’objets qu’il génère. Des objets dotés d’âme et qui sont souvent de véritables œuvres d’art.

Voilà pourquoi la question de la conservation se pose avec une grande acuité pour la majorité des compagnies de marionnettes.

Évidemment si l’on se compare à l’Europe ou à l’Asie notre tradition est bien jeune. L’on sait cependant que les Amérindiens l’utilisaient lors de rites et de cérémonies, mais à ma connaissance on en garde très peu de traces. À l’exception peut-être des populations de l’Ouest canadien où la culture amérindienne est mieux préservée et encore vibrante.

Dès le régime français, on a documenté l’existence du Père Marseille de son vrai nom Jean Natte qui à partir de 1775 donnait des spectacles chez lui rue d’Aiguillon dans le faubourg Saint-Jean. On connaît son existence par Philippe Aubert de Gaspé qui a fréquenté ce théâtre quand il était enfant. Durant les troubles de 1837-38 le théâtre a été démoli et les marionnettes pillées et détruites. C’était mal parti pour notre patrimoine…

Par la suite, on retrouve des traces de la marionnette ici et là : tournées de troupes européennes, marionnettes à planchettes qui divertissaient les bûcherons dans l’isolement de leur chantier. On fait aussi mention de spectacles amateurs réalisés par des cultivateurs pour meubler nos trop longs hivers. Dans les années1930-40, il y eut quelques tentatives d’implantations de compagnie, mais l’histoire de la marionnette contemporaine débute véritablement en 1948 avec la création de Les marionnettes de Montréal de Micheline Legendre. On peut la considérer comme la grand-mère du théâtre de marionnette du Québec puisque de très nombreux marionnettistes de la deuxième génération sont passés par chez elle (moi y compris ). Dans les années1970, il y eut une soudaine éclosion de compagnies et plusieurs sont toujours actives aujourd’hui. La question du patrimoine est de plus en plus présente dans notre milieu. Qui n’a pas été terrifié par l’histoire de Germain Boisvert. Ce marionnettiste mort dans l’indigence dont les marionnettes se sont retrouvées aux poubelles, mais heureusement pour plusieurs récupérées par des amateurs avertis.

N’est-il pas pires cauchemars?

La question de la conservation préoccupe notre association. Un numéro de notre revue Marionnettes a d’ailleurs été consacré a ce sujet (mars 2015).

Si tous nos membres sont préoccupés par la question plusieurs avouent leur ignorance sur la manière de documenter et préserver nos marionnettes et nos archives. Plusieurs souhaiteraient un appui pour les guider dans leurs démarches. À cet effet, un guide pourrait être produit pour donner des pistes pour ce travail de conservation, et  même idéalement si quelques personnes-ressources pouvaient être identifiées dans le monde muséal cela serait d’une grande aide.

Nous sommes bien sûr tous conscients que tout ne peut, et ne doit pas être conservé. Des choix s’imposent, mais il est de notre responsabilité de documenter le plus complètement possible les démarches de nos compagnies. D’autant plus que nous avons de nos jours des moyens de préserver de façon virtuelle nos contributions à la pratique de notre art.

Je crois qu’étant donné cette avancée technologique il est  assuré que notre passage dans l’évolution de la marionnette du Québec sera plus pérenne qu’elle ne le fût pour les siècles passés. Dans cent ans, on nous aura sûrement oubliés, mais nous devons faire en sorte que les chercheurs qui le désireraient auront du matériel pour documenter nos parcours. Bref nous espérons que les traces que nous laisserons seront lisibles et instructives pour témoigner de l’évolution de notre art.

À la question de ce que seraient les productions phares qui sont les plus marquantes pour constituer les jalons de notre héritage je ne suis pas en mesure aujourd’hui de les nommer. Bien sûr, il y a déjà quelques évidences. Certainement quelques spectacles de Micheline Legendre, mais aussi ceux de Félix Mirbt et des contributions Pierre Régimbald et de Madame Burke…il y a aussi parmi les contemporains certainement des traces de plusieurs compagnies qui exercent chez nous depuis plusieurs décennies. Je crois qu’un comité de notre milieu pourrait assez facilement proposer des choix pour établir la liste  des productions marquantes   de notre histoire. Pour ce faire, nous aurons sans doute intérêt à solliciter des avis de spécialistes venant de l’extérieur de notre milieu souvent plus à même de faire preuve d’une certaine objectivité.